La ménopause : nuits de feu et d’insomnies

L’objectif de cette article est de partager une information claire, accessible, mais toujours fondée sur des données scientifiques solides. Chaque sujet abordé — qu’il s’agisse de la fertilité, de la grossesse, de la parentalité, de la ménopause ou encore du grand âge — repose sur des publications scientifiques validées, que vous retrouverez mentionnées au fil de la lecture. 

Dr Jonathan TAIEB

Une fois que la femme n’est plus en âge de procréer, ses troubles du sommeil ne disparaissent pas pour autant. Pire encore, à la ménopause le sommeil devient souvent un véritable champ de bataille.

Ainsi, près d’une femme sur deux souffre de bouffées de chaleur ou de sueurs nocturnes qui morcellent les nuits (Kravitz et al., Sleep Medicine Clinics, 2007). Ces réveils peuvent survenir plusieurs fois par nuit et s’accompagner de difficultés à se rendormir. Je me souviens d’une de mes patientes, Florence, âgée d’une cinquantaine d’années, qui déplorait ses réveils nocturnes, trempée de sueur, au point parfois de devoir changer ses draps. Elle me décrivait même son sommeil comme une succession de siestes entre deux bouffées de chaleur.

Comme pour Florence, la chute des œstrogènes et de la progestérone joue ici un rôle central chez les femmes fraîchement ménopausées. Ces hormones avaient jusque-là un effet protecteur sur le sommeil : la progestérone favorise l’endormissement et les œstrogènes stabilisent l’architecture du sommeil (Polo-Kantola, Maturitas, 2011). Leur disparition entraîne des insomnies chroniques et augmente le risque d’apnée du sommeil (SAOS). Avant la ménopause, les femmes sont relativement protégées par leurs hormones ; après, leur risque de SAOS est doublé et devient quasiment équivalent à celui des hommes (Bixler et al., American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine, 2001). L’anxiété et la prise de poids, fréquentes à cette période, ne font qu’aggraver ces troubles nocturnes (Freeman et al., Menopause, 2015).

Mais, bonne nouvelle : chaque problème a en lui les germes de sa propre solution. On peut en effet considérer que l’insomnie des femmes à la cinquantaine n’est pas une fatalité liée à l’âge mais un véritable trouble médical que l’on peut traiter.

Par exemple, les traitements hormonaux substitutifs (THS) demeure l’un des moyens les plus efficaces pour améliorer le sommeil et réduire les symptômes vasomoteurs (Mayo Clinic Proceedings, 2013). S’ils ont longtemps été boudés suite à la publication d’une étude américaine qui avait souligné un risque accru de cancer du sein il y a plus de 20 ans (Women’s Health Initiative, 2002), ce risque a depuis été nuancé et reconsidéré. Que l’on se rassure : des alternatives non hormonales émergent aussi, à l’instar du fézolinétant, récemment approuvé pour traiter les bouffées de chaleur (Santoro et al., Menopause, 2023). D’autres options sont également validées : thérapies cognitivo-comportementales de l’insomnie (TCC-I), méditation de pleine conscience, sophrologie, ou encore – on y revient – prise de mélatonine (Johnson et al., Sleep Medicine Reviews, 2019). Mélatonine, quand tu nous tiens !

Dr Jonathan TAIEB
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