Le pic de fertilité chez la femme se situe entre 20 et 35 ans. Or, si de nombreux facteurs sont connus et avancés pour expliquer une difficulté à tomber enceinte (poids, tabac, alimentation, etc.), un facteur – pourtant essentiel – est oublié : la qualité du sommeil au féminin.
En effet, de nombreuses études scientifiques ont levé le voile sur cet aspect méconnu et pourtant crucial lorsqu’une femme cherche à concevoir un enfant. Une première étude intéressante, conduite sur un panel de 71 000 infirmières, a déterminé que les infirmières de nuit présentaient davantage de cycles menstruels anormaux et de troubles de l’ovulation (Wang et al., Occupational and Environmental Medicine, 2016). Ce programme de Recherche est venu corroborer les conclusions établies 10 ans plus tôt par un sondage mené auprès de 100 000 femmes : celles qui travaillaient de nuit consultaient 80% plus pour infertilité que les travailleuses de jour (Barzilai-Pesach et al., Journal of Epidemiology and Community Health, 2006).
Dans le cadre de mon podcast « Parlons Sommeil », j’ai d’ailleurs pu rencontrer Magalie, une infirmière de nuit. Après des mois de tentatives infructueuses à tomber enceinte, elle a découvert que ses horaires décalés compromettaient sa fertilité. Dans mon cabinet, je reçois souvent des femmes qui rencontrent la même situation que Magalie et qui n’imaginent pas que leurs insomnies impactent directement leur chance de devenir mère. Jugez plutôt : une femme qui dort moins de 5 heures par nuit double son risque d’avoir des cycles menstruels irréguliers, une irrégularité qui bien évidemment nuit à leur fertilité (Lin et al., Sleep Medicine, 2011).
On pourrait alors penser qu’une nuit de sommeil complète, effectuée de jour (chez les travailleuses de nuit donc, pour les lecteurs que je n’ai pas perdus en chemin), suffit à résoudre cette situation. Mais il n’en est rien. Le coupable ? La mélatonine. Cette hormone du sommeil, très majoritairement sécrétée la nuit, joue un rôle majeur puisqu’elle protège les ovocytes du stress oxydatif et favorise leur maturation. Les patientes sont d’ailleurs souvent surprises de se voir prescrire des prises de mélatonine lorsqu’elles souhaitent réaliser une fécondation in-vitro. Or, il est prouvé qu’une supplémentation en mélatonine améliore les taux de fécondation et la qualité embryonnaire (Nishihara et al., Clinical Endocrinology, 2014).
En outre, le sommeil a bien d’autres vertus et agit notamment sur le poids, un facteur également clé de la fertilité. Un manque de sommeil favorise le surpoids et l’obésité, et a donc une influence néfaste sur un projet de bébé : le risque d’infertilité est augmenté de 27 % chez les femmes en surpoids et de 78 % chez les femmes obèses (Rittenberg et al., Human Reproduction Update, 2011).
Enfin, certaines pathologies féminines lient directement le sommeil à la fertilité. Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), qui touche 5 à 10 % des femmes en âge de procréer, est associé à l’obésité, à la résistance à l’insuline et à des troubles du sommeil, notamment l’apnée du sommeil. Chez ces patientes, la fertilité est encore plus fragilisée (Vgontzas et al., Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 2001).
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