Une fois les questions de fertilité passées, vient le temps de la grossesse. Durant cette période, rares sont les femmes qui dorment bien. Ainsi, près de trois quarts d’entre elles rapportent des troubles du sommeil, en particulier durant le troisième trimestre (Cai et al., Sleep Medicine, 2015).
Puisque nous évoquons ces trimestres de grossesse, il est intéressant de noter que chacun d’entre eux possède ses propres singularités.
Au premier trimestre, la progestérone favorise la somnolence diurne, mais les nuits sont hachées par les nausées, les vomissements et les réveils pour uriner. Puis, au deuxième, la congestion nasale et les ronflements apparaissent tandis que les mouvements du bébé réveillent la future mère (Mindell & Jacobson, Sleep Medicine Reviews, 2000). Enfin, au dernier trimestre, le sommeil profond diminue, les micro-réveils se multiplient et les cauchemars deviennent plus fréquents (Lee & Gay, American Journal of Obstetrics & Gynecology, 2004).
Tous ces troubles ne sont pas anodins et ne doivent pas être ignorés. Ils constituent en effet un véritable enjeu médical. Si dormir moins de 7 heures par nuit augmente le risque de diabète gestationnel et d’hypertension (Cai et al., Sleep Medicine, 2015), dormir moins de 6 heures va en plus doubler le risque de dépression (Okun et al., Journal of Affective Disorders, 2011) quand moins de 5 heures de sommeil vont accroître considérablement le risque de prééclampsie, une pathologie qui s’illustre par la présence d’une hypertension artérielle associée le plus souvent à des protéines dans les urines et qui résulte d’un dysfonctionnement du placenta (Williams et al., Sleep, 2010).
La probabilité d’être dans une de ces situations est d’autant plus élevée que 38 % des femmes connaissent des épisodes d’insomnie en début de grossesse et elles sont même 54 % en fin de grossesse (Mindell & Jacobson, Sleep Medicine Reviews, 2000). De plus, le syndrome des jambes sans repos, également appelé impatiences nocturnes, affecte environ 22 % des femmes au troisième trimestre (Manconi et al., Sleep Medicine, 2004).
Doriane, avec qui j’ai également eu l’opportunité d’échanger dans mon podcast, m’a raconté qu’elle se réveillait cinq ou six fois par nuit en fin de grossesse, et finissait par s’endormir en pleine journée, épuisée. Ce qui, évidemment, n’arrangeait rien à son endormissement en fin de journée… « C’est le serpent qui se mord la queue » comme elle m’expliquait avec résignation.
Autre problème d’importance, et pas des moindres : l’apnée du sommeil. Ici, les conséquences ne concernent pas seulement la future mère, mais aussi le futur enfant : l’apnée multiplie par cinq le risque de mortalité maternelle (Chen et al., Sleep Medicine Reviews, 2014). Pour le bébé, ces apnées peuvent aussi provoquer des retards de croissance et favoriser la prématurité (Fung et al., Sleep, 2013 ; Spence et al., Journal of Clinical Sleep Medicine, 2017).
Comme me l’a dit un jour, avec humour, une de mes patientes : « Avec mon mari, on prépare la chambre du bébé, on achète les vêtements, on commande la poussette… mais qui prépare le sommeil des mères ? ». Si je n’ai pas répondu à cette question malicieuse et rhétorique, je l’ai en revanche rassurée, car nombre d’études se sont intéressées au sujet, permettant d’améliorer ce sommeil prépondérant à cette étape fondamentale de l’existence.
Par exemple, dormir sur le côté gauche améliore la circulation sanguine et la respiration (Mendola et al., Obstetrics & Gynecology, 2012). De plus, une supplémentation en fer réduit les symptômes du syndrome des jambes sans repos (Manconi et al., Sleep Medicine, 2004). En outre, l’activité physique douce et régulière aide à mieux dormir (Facco et al., Obstetrics & Gynecology, 2010). Enfin, dans les cas d’apnée sévère, la ventilation nocturne (PPC) améliore la tension artérielle et protège la croissance fœtale (Pamidi et al., American Journal of Obstetrics & Gynecology, 2014).